Fanzine 1 - État des lieux d’entrée

(Hall de Polyblosne, Le Blosne, Rennes) – Restitution des permanences de recherche du 10 octobre, 7 novembre et 12 décembre 2024

Ce texte, en tant que fanzine, a pour destination première un format imprimé (A5 moins 1 cm, plié, agrafé) et a été écrit et édité en ce sens pour un format PDF et entièrement réalisé sous logiciels libres (Libre Office, Gimp et bookletimposer sous environnement Debian). Je partage ici une version HTML à laquelle j’ai seulement retiré la première et quatrième de couverture. Il est possible de consulter la version en fanzine (PDF) sur le site Quartiers en recherche.

Sommaire

Permanence (de recherche)
« Faire connaissance » : Paroles de hall
« État des lieux d’entrée » : Par quoi arrive-t-on dans le hall ?
Les ordinateurs
La photocopieuse
Le Ouest-France
Le canapé et les fauteuils
L’accueil
L’espace cafétéria
Extraits de journal de recherche : Espace public et maintenance des habitant·es
« L’image de la recherche » : Quel dispositif / quelles dispositions

Permanence (de recherche)

J’ai commencé ces trois premières permanences avec la question « qu’est-ce que vous aimez ? ».

Les experts sociologues trouveront sûrement que cela manque de rigueur et de consistance, les professionnels de l’injustice considéreront peut-être quant à eux que c’est une question « fleur bleue » digne d’un atelier de démocratie participative commandée par une institution de l’État.

Au-delà de tout ça la question qui s’est posée à moi est : « Comment démarrer ? » car, tout aussi longue qu’elle puisse être dans la durée, cette permanence doit bien à un moment s’installer. Je ne doute pas que cette permanence mensuelle nous emmènera durant les quatre années qui se profilent dans des expériences et pratiques inattendues et riches. En attendant, comme toute relation où l’on apprend à se connaître, les premiers échanges peuvent sembler futiles (« il fait beau aujourd’hui hein ? ») et cela alors même que nous nous connaissons tout de même un peu.

« Qu’est-ce que vous aimez ? » a une portée bien plus grande que cela n’y paraît.

Demander : « qu’est-ce qui ne va pas ? » ou « qu’est-ce que vous n’aimez pas ? » ne permettra que difficilement de capter de manière collatérale les choses qui peuvent aller. Alors que par la positive tout se déploie. J’en avais l’intuition, ces trois premières permanences m’en ont donné une palette assez riche. La question, aussi vague, déstabilise, il m’a souvent été répondu : « dans l’absolu ? », « dans la vie ? » et même des étonnements qui semblaient dire : « vous me demandez à moi ce que j’aime ? C’est bien la première fois ».

Cette question est aussi une question que j’adresse à toutes les personnes actives de ce bâtiment, salariées et bénévoles, de la Maison des squares et de toutes les structures hébergées. Car cette recherche ne démarre pas avec ces permanences mais la recherche est en quelque sorte déjà-là. Toutes ces personnes rencontrées portent un regard et se font déjà une idée concernant les enjeux qui nous portent (la vie dans le quartier du Blosne) et cette question, aussi anodine qu’elle puisse paraître, permet à ces personnes de formaliser à l’oral des réflexions qui ont tout autant de pertinence qu’un travail de sociologue mais qui n’ont pas eu ou peu de possibilité d’être verbalisées.

« Nous avons besoin de raconter notre histoire correctement, car nous apprenons de la partie de l’histoire sur laquelle nous nous concentronsTraduction libre du propos de l’humoriste Hannah Gadsby dans son spectacle Nanette en 2018, le texte original : « I need to tell my story properly, because you learn from the part of the story you focus on. »

. ».

L’attention que j’ai portée à ces trois premières permanences relève d’un « faire connaissance », tout d’abord au sens premier qui est d’apprendre à se connaître mais aussi dans un sens d’un espace propice à faire émerger des connaissances sur soi et sur le quartier dans lequel nous vivons. Cette permanence n’a pas pour vocation à tenir cette forme dans le temps mais sa forme n’a pas non plus été définie dès le départ. Je suis persuadé qu’il y a un temps initial nécessaire pour faire « état des lieux » des savoirs, pratiques et personnes en présence, pour, dans un second temps faire évoluer et advenir un dispositif collectif et, concernant ma recherche et mes pratiques, sous une forme éditoriale, quelle qu’elle soit.

« Faire connaissance » : Paroles de hall

Durant ces trois premières permanences j’ai eu de nombreuses discussions informelles avec l’équipe salariée, des bénévoles de différentes structures et des personnes fréquentant le lieu principalement habitantes du quartier ou des quartiers limitrophes.

J’ai notamment réalisé sept entretiens enregistrés, cinq avec des personnes individuelles et deux avec un groupe de personnes membres de deux collectifs ou associations fréquentant le lieu.

Les cinq entretiens individuels ont été réalisés avec des femmes allant de 35 à 80 ans. Le fait de ne pas rencontrer d’hommes n’a pas été un choix. Il y a eu différents hommes à fréquenter le hall durant mes permanences, mais je n’ai pas eu l’occasion d’aller à leur rencontre.

Les deux entretiens collectifs ont été réalisés avec deux groupes de cinq personnes, 8 femmes et deux hommes. La moyenne d’âge étant de 65 ans pour l’un et 75 ans pour l’autre. Ce sont deux collectifs fréquentant régulièrement le Polyblosne, l’un le hall principalement l’autre occupant hebdomadairement une salle au 3e étage.

J’en suis encore, au moment où j’écris ces lignes, à la retranscription exhaustive des entretiens enregistrés. Je propose ci-dessous différents verbatims organisés autour de thématiques qui m’ont semblé tirer des fils de questionnements durant ces trois premiers temps.


« Ah, moi j’aime bien le travail. J’aime bien aussi pour discuter avec les autres des choses comme ça. […] J’aime travailler avec les personnes âgées. Parce qu’en fait j’ai grandi avec mes grand-parents. C’est difficile le travail avec les personnes âgées. Ce n’est pas facile du tout. Mais si vous connaissez l’histoire des personnes âgées, c’est super bien. Le besoin d’amour, le besoin de passion, il y a besoin d’écoute aussi. Les personnes âgées, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas faciles pour eux. Parce qu’ils ont quitté, sa famille, sa maison, machin. Ce n’est pas facile. […] mais les personnes âgées, l’Ehpad, la maison de retraite, c’est leur dernière maison pour eux aussi. »


« Dans le quartier, ce que j’aimais bien, c’était qu’il y avait de quoi marcher. Il avait de la verdure, mais manque de pot, c’est qu’il y a quand même des petits gars qui… Qui sont un peu… Ils sont comme dirait Coluche, “patibulaire”, mais presque. Mais oui, et puis bon, ça a été une opportunité d’avoir cet appartement-là. Alors, j’ai pas choisi, hein. J’ai pas choisi, c’est au fil des nécessités de la vie. J’ai pas les moyens financiers de pouvoir choisir là où je veux aller et tout. […] Les choses ont énormément changé en 10 ans, en 15 ans. »


« Je ne savais pas ce que c’était que la solitude. Et là, maintenant… Je sais ce que c’est. Alors, il y a des fois, je me raisonne, parce que j’avais entendu une phrase, c’est… Jean Rostand, c’était un savant ? […] Et qu’avait dit une phrase : “Être adulte, c’est être seul.” Bon ben je me dis, je suis peut-être passée à l’âge adulte. […] Bon, vous pensez, je serais bien restée enfant, ou gamin, ou gamine. Non mais c’est vrai, on découvre, et puis aussi, il y a le plaisir de la transgression quand on est jeune aussi, on peut… Ah, quand on est vieux, on ne transgresse plus rien, hein. »


« Oui, ici, oui, oui, de quant-à-soi ? C’est ça, chacun pour soi. Moi, je sais qu’il y a des fois, je suis hantée par l’idée, je me dis s’il m’arrive quelque chose, je ne sais pas… et puis, alors, tous les appareils, les téléphones, les machins, ça tombe en panne, ça se… Oh, ça, c’est ma hantise. Mais là, j’ai demandé un rendez-vous, là, je vais demander pour aller une journée par semaine, si je peux, pour voir des gens un peu, de mon âge, parce que… Non, parce que puis, avec ça, je ne travaille plus. Alors avant, j’avais mon mari avec moi, j’avais ma famille, mes parents, bon, ils sont décédés. Et puis, j’ai pas de bonne relation avec ma fille, alors, j’ai des relations un peu… »


« Mon immeuble c’est quatorze étages, la tour d’à-côté dix… Tu as deux ou trois apparts par étage. Je sais pas il y a au moins soixante appartements sur un seul côté, c’est énorme en fait. Pas de caves, faut la demander, mais je crois même que c’est pas possible et de toute façon elles sont en dehors sous les parkings. On a un local à vélo où des fois il y a même des machines à laver, des trucs qui traînent parce que les gens ils ont nulle part où mettre. Donc non on peut pas se permettre comme des gens qui ont des petits pavillons ou ils ont de la place devant chez eux avec leur garage privé. En fait la personne qui jette je sais pas, une fois tous les cinq ans peut-être, qu’elle va changer un lit d’un gamin. Elle va foutre le lit pourri dans les poubelles, c’est pas si énorme que ça, sauf que du coup c’est presque tous les jours. Parce qu’il y a énormément de gens qui habitent là c’est tout. »

« État des lieux d’entrée » : Par quoi arrive-t-on dans le hall ?

Franchir le seuil d’un lieu ne va pas de soi. Cette entrée est composée d’une multitude de barrières symboliques lorsqu’elles ne sont pas physiques (des portes fermées en dehors des horaires indiqués). Ces barrières relèvent à la fois des imaginaires et représentations collectives comme de celles individuelles. Sans pouvoir être exhaustif celles-ci peuvent relever de l’architecture du bâti, des renseignements mentionnés dessus, de leur lisibilité, comme de toutes les subjectivités que cela renvoie aux personnes, de leurs expériences vécus, des retours qui leur ont été fait, de leurs a priori, etc. Nous pourrons les questionner, travailler à les déconstruire, elles ne pourront jamais être totalement et tout à fait supprimées en tout cas pour la totalité des personnes qu’un lieu se disant ouvert voudrait faire rentrer.

« Mais si un seuil n’est tel qu’en vertu d’un acte de positionnement, d’une décision de le placer là, il n’en reste pas moins qu’une fois en place, il va faire référence : tout une série de positions relatives vont se définir par rapport à lui. […] En deçà, on sera à l’extérieur ; au-delà, à l’intérieur ; […] le lieu à la fois d’une démarcation et d’une transition, un passage -- avec d’importantes questions liées aux conditions de son franchissement : qui pourra passer le seuil ?
Qui ne le pourra pasQu’est-ce qu’un seuil ? de Grégoire Chamayou, Postface à La vérité en ruines. Manifeste pour une architecture forensique de Eyal Weizman, Éditions Zones, 2021, pages 174-175.

 ?
 »

Mon regard de chercheur s’est porté sur ces dispositions ou objets qui font littéralement entrer les personnes dans le hall.

Je me suis concentré spécifiquement sur le hall et non sur les activités des étages qui permettent elles aussi de faire rentrer des personnes dans ce bâtiment. Cette liste n’est en l’état ni exhaustive ni hiérarchisée et elle se base sur trois après-midi d’observations (soit environ douze heures de présence aux horaires d’ouverture).

Les ordinateurs

Deux postes de travail avec ordinateur sont accessibles à l’entrée sur simple demande à l’accueil. Ceux-ci peuvent servir pour accéder à internet ou travailler hors sur des documents qu’il est également possible d’imprimer (voir ci-dessous). Ceux-ci semblent repérés et font l’objet d’entrées régulières de personnes pour les utiliser. À ce jour, un an après l’ouverture du Polyblosne, l’usage des deux postes semble se passer de manière continue sans, en l’état des observations, créer de file d’attente. Il s’agit là d’un service gratuit qui vient répondre à des besoins d’accès à un équipement ou à des services en ligne n’étant pas accessible autrement.

La photocopieuse

Les deux postes d’ordinateurs sont reliés à la photocopieuse des lieux et il est possible, en regard d’un panneau indiquant les tarifs, de photocopier des documents ou d’en imprimer. Là aussi j’ai constaté un usage, moins régulier que l’accès aux ordinateurs, et pouvant être associé directement à un accès à ceux-ci ou indirectement par des demandes à l’accueil de photocopies de papiers que les personnes avaient en main. En l’état il me semble que ce service est le seul disponible dans tout le quartier pour des usages plus larges que ceux spécifiques à la structure le proposant (comme France Travail, le centre social Ty Blosne ou la Bibliothèque du Triangle ?).

Le Ouest-France

Il s’agit là de la mise à disposition pour consultation sur place du journal du jour (et de la semaine passée) du journal Ouest-France. Il se trouve dans un petit coin avec fauteuils et canapé où se trouve une petite bibliothèque composée de quelques livres et jeux pour enfants. J’ai pu échanger lors de deux permanences avec deux personnes ayant franchi l’entrée du Polyblosne pour se poser dans le hall lire le Ouest-France et n’ayant pas d’autre usage (à ce jour) du lieu et pour l’une d’entre elles aucune connaissance de ce qu’il s’y passe.

Le canapé et les fauteuils

Sur le côté droit et le fond du hall se trouvent quatre fauteuils, un canapé et deux petites tables basses. Ceux-ci sont assez fréquemment utilisés : pour des personnes qui attendent pour un rendez-vous ou l’horaire d’un service auquel elles vont accéder aux étages ; mais aussi pour les personnes rencontrées précédemment pour faire une pause ou lire le Ouest-France. J’y ai notamment rencontré un groupe de cinq personnes membres d’une petite association qui œuvre autour des questions d’injustices climatiques et sociales. Elles m’ont remonté qu’elles se retrouvent en alternance ici dans ce canapé du hall ou dans le hall du centre social Carrefour 18 (au Blosne également) : « en tant que petite structure nous n’avons pas d’autres endroits pour nous retrouver, car autrement l’accès à des locaux est payant. »

L’accueil

L’accueil en tant que personne à qui nous pouvons demander un renseignement est un élément crucial d’un lieu de ce type et l’équipe de la Maison des squares y apporte une grande attention avec une personne salariée pour l’accueil et son remplacement par créneau par les autres membres de l’équipe si celle-ci n’est pas sur l’ensemble des horaires d’ouverture du lieu. En vis-à-vis, littéralement de l’autre côté de la rue, le bâtiment le Quadri qui a un hall d’entrée pour accéder à toutes les structures de l’ESS hébergées dans les quatre étages n’a personne à l’accueil si ce n’est des boîtes aux lettres et un interphone. Avait-été pensé initialement le fait de déléguer une fonction « accueil » aux libraires salariés de la librairie coopérative L’établi des mots contre une ouverture de celle-ci donnant sur le hall et la possibilité de l’investir sur les temps d’ouverture du commerce. Cela demanderait à être actualisé, mais j’avais pu constater que les libraires ayant déjà beaucoup à faire pour faire exister la librairie, n’avaient aucunement le temps pour cela.

Pour ce qui est du Polyblosne, outre les renseignements directement liés au lieu (accès aux ordinateurs et photocopieuse, rendez-vous ou accès aux étages, renseignements sur le lieu, etc.) j’ai pu constater durant mes permanences une fonction plus extérieure en le fait que des personnes rentrent dans le hall pour demander à l’accueil leur chemin ou direction « où est la bibliothèque ? », etc.

Un accueil physique et humain dans un bâtiment public a une fonction de médiation qui dépasse le propre intérêt du lieu en lui-même pour consolider un lien avec les différents espaces d’un même territoire.

L’espace cafétéria

Le hall est équipé d’un espace cafétéria au fond, composé d’une partie comptoir avec à l’arrière de celui-ci un évier, de la vaisselle, un micro-onde et une machine à café-thé-etc. De l’autre côté du comptoir il y a trois mange-debout et trois tabourets de bar. C’est d’ailleurs là que je me suis installé pour mes permanences.

Cette partie peut tout à fait amener des personnes à rentrer dans le Polyblosne. Il existe un exemple proche dans les centres sociaux Ty Blosne et Carrefour 18 du quartier. Mais pour cela il faut que celui-ci soit pleinement animé et cela demande du temps et des moyens ce qui n’est pas facile à rendre possible ou prioritaire pour des structures. En attendant d’un fonctionnement qui trouve son modèle et son rythme, cet espace fonctionne en autonomie, pour les personnes qui en connaisse la règle et le fonctionnement (notamment de la machine).

Cependant j’y ai pu constater un usage, non forcément anticipé comme tel, mais qui a le mérite de faire venir des personnes dans le hall et ce plusieurs fois par jour. Durant mes permanences j’ai pu remarquer que la machine à café-thé est utilisée par les salarié·es avant tout de la Maison des squares mais aussi d’autres associations hébergées. J’ai pu constater que cela a deux effets principaux : d’une part ajouter du passage et de l’activité dans le hall et que, d’autre part, c’est aussi l’occasion d’échanges d’informations entre les salarié·es entre eux (du hall et des autres espaces) et avec des usagers et usagères du lieu.

Extraits de journal de recherche : Espace public et maintenance des habitant·es

EXTRAIT N°1

Page 46 et 47 du livre Boulevard de Yougoslavie, écrit par Arno Bertina, Mathieu Larnaudie et Olivier Rohe, paru en 2021 aux éditions Inculte, et issu d’une résidence d’auteurs au Triangle.

Ce texte est issu d’un roman qui est donc une fiction. Mais celui-ci ancre son intrigue dans un quartier qui existe bel et bien (les noms des rues, des lieux, bâtiments, etc.) et se base sur une résidence de plusieurs semaines des auteurs sur ce territoire. Ce propos me semble donc porter une part de vérité dans ce qu’il renvoie (ou souhaite renvoyer). Ici précisément un discours entendu ou ressenti dans différents projets de rénovation urbaine et porté par une parole institutionnelle, politique ou urbanistique.

Je tente ici de comprendre ce que ce propos peut dire ou raconter à des habitant·es du Blosne lorsqu’ils et elles tombent dessus (ce qui est mon cas) et non pas de caractériser ni de réduire de manière absolue l’ensemble du roman à cet extrait tout comme le point de vue des auteurs à ce propos.

Cet extrait sous-entend que l’état d’un quartier dépendrait d’un « laisser-faire » (voir d’un « laisser-aller ») des habitant·es. Alors que la rénovation urbaine, elle, serait une reprise en main par l’État ou la Ville.

Cette vision binaire tendrait à créer des temporalités distinctes : d’abord la (non-)maintenance des habitant·es puis la réparation par l’institution. Elle renvoie sous cette forme à un sentiment d’infantilisation : les habitant·es ne sauraient pas entretenir leur chambre quand les « parents-institutions » auraient d’abord laissé faire pour venir ensuite tout ranger lorsque ce n’est plus possible ainsi. Cette idée viendrait ainsi invisibiliser l’action et la présence de la Ville durant la vie du quartier et celle des habitant·es dans le processus de rénovation urbaine. Pour ces dernier·es, il me semble que ce type de raisonnement permettrait en plus de passer sous silence leur présence pour ne pas questionner la place à leur donner au sein de ces enjeux.

EXTRAIT N°2

Échange sur un groupe WhatsApp d’habitant·es dans lequel je suis présent également.

Ce qui m’interpelle ici c’est l’absence de dialogue que rapporte cette habitante. La question qu’elle a soumise au formulaire en ligne de la ville de Rennes (absente de cette capture d’écran) s’accompagne de sa subjectivité et de son ressenti.

La réponse qui lui est formulée montre, quant à elle, comment en a été extrait la factualité supposée de sa demande : « un éclairage serait dysfonctionnel ». Cela a permis de rendre la demande opérable et fonctionnelle (envoyer un·e technicien·ne, mise en place d’un protocole, etc.) et de répondre à cette demande-ci (« tout fonctionne normalement »). Sauf que la capture d’écran nous montre que la personne n’est pas satisfaite de cette réponse. Et c’est notamment dû au fait qu’elle n’y répond pas. La demande initiale n’est pas seulement fonctionnelle et contient en cela plusieurs couches : le ressenti personnel (besoin propre à chacun·e d’une certaine luminosité, comparaison avec le centre-ville, etc.), la saisonnalité de la demande (l’hiver) et un contexte à la fois plus général mais aussi celui vécu et ressenti à l’échelle du Blosne.

Est-ce que la densité d’un éclairage sur une rue, la luminosité d’une ampoule sont des invariants quelle que soit la rue ou est-ce que le protocole prend en compte ces autres critères ?

Ce sentiment de non-dialogue me semble renforcé par la phrase finale de la personne qui fait écho à mon propre ressenti d’habitant face à la communication, en regard, très présente (des panneaux à chaque poteau d’éclairage ou espace de poubelles) des injonctions à ne pas laisser traîner de déchets alimentaires pour éradiquer la présence des rats.

Cela me semble rappeler que ni la gestion de problèmes techniques ni la communication ne sont des formes de dialogues.

« L’image de la recherche » : Quel dispositif / quelles dispositions

Je me suis posé et je me pose toujours la question de la forme de cette permanence non pas tant dans les modalités (individuelles et collectives) pour ces premières sessions, que dans ce que peut « renvoyer » aux personnes rencontrées le dispositif et ses dispositions.

J’ai mis les moyens à la première séance. Ne sachant pas ce que je voulais « récolter » j’ai installé tout mon dispositif de prise de son habituellement utilisé pour les podcasts ainsi que mon ordinateur (photo ci-contre). Il faut donc pour cela une table et deux chaises. N’ayant pas préparé en amont comment annoncer ma présence nous bricolons avec Gabriel Biau, le directeur de la Maison des squares, une feuille A4 peu visible de loin mais avec quelques informations pouvant être lues de près. Je me retrouve assis ou, comme je n’aime pas cette position attentiste, à me déplacer dans le hall.

Les deux séances suivantes, j’ai conservé l’idée de pouvoir capter les paroles de celles et ceux qui le souhaitaient et aussi celle de pouvoir prendre des notes. Mais je suis contenté d’une tablette et d’un micro portatif. Cela m’a permis d’être sur une des tables mange-debout de la cafétéria, de m’intégrer à l’espace tel qu’il est, de rester dans une position dynamique (très peu assis) et d’avoir moins le sentiment « d’imposer » la recherche avec son bureau de sociologue. Je n’ai plus eu d’affichage, ça a l’avantage de m’obliger à discuter, d’inviter les personnes à venir me demander ce que je fais là.

Avec l’idée d’installer les permanences dans le temps et de pouvoir être interpellé et avant tout d’en laisser la possibilité, il me semble nécessaire de fournir l’information aux personnes de ma présence et de sa fréquence. Il me faut donc mettre en place une manière de présenter les dates à venir. Le fanzine qui est entre vos mains en est une des possibilités. Les autres sont à penser, il m’a été proposé de m’inscrire sur l’écran de l’entrée qui affiche toutes les activités du jour présentes dans le Polyblosne.

En échangeant avec Gabriel Biau et d’autres membres de l’équipe, je me suis rendu compte que mon manque d’information en amont a aussi concerné les salarié·es et les bénévoles de la Maison des squares. Ce fanzine est aussi une adresse à l’équipe qui pourra ainsi mieux cerner les contours de ma présence et voir comment cela peut les intéresser ainsi que les usager·es qu’ils et elles côtoient.