[Fiche-lecture] Micropolitiques des groupes – David Vercauteren

Fiche lecture
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Micropolitiques des groupes
Pour une écologie des pratiques collectives
David Vercauteren
Les prairies ordinaires, 2ème éd., 2011, 246 pages
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Benjamin Roux – 14/12/12

Cette fiche de lecture a été rédigée dans le cadre de la recherche-action que je mène actuellement, les propos de la section « commentaires personnels » sont, au départ, destinés à mes collègues de promotion. Néanmoins, je pense que cette fiche de lecture peut s’adresser au plus grand nombre pour une première découverte du contenu du livre.

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L’auteur

David Vercauteren vit à Bruxelles. Son parcours militant l’a mené des Verts pour une Gauche Alternative (VeGA) au Collectif Sans Nom, puis au Collectif Sans Ticket. [Présentation 4ème de couverture]

Micropolitiques des groupes est à l’heure actuelle le seul ouvrage de David Vercauteren.

Ont contribué à cette ouvrage Thierry Müller et Olivier Crabbé.

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Le livre

Ce livre est l’aboutissement d’un « pas de côté » engagé par les membres du Collectif Sans Ticket à sa dissolution en 2003. Le collectif s’était donné comme dernière exigence : « Ne nous quittons pas sans laisser une pierre sur le bord de la route ». Cela a abouti à un texte d’une cinquantaine de pages destiné au membre du CST. C’est à partir de ce travail que David Vercauteren, accompagné par Thierry Müller et Olivier Crabbé, a écrit cet ouvrage.

Ce livre n’a pas pour vocation a être lu d’une traite du début à la fin. Il a été pensé et articulé autour de chapitres correspondant à différentes constituantes du fonctionnement d’un collectif : rôles, réunion, artifices, pouvoir, scission, souci de soi, évaluer…

L’auteur propose donc deux manières d’aborder les chapitres en fonction que l’on soit « un groupe qui se forme » ou un « groupe en crise ».

A noter également que l’auteur a mis à disposition cet ouvrage en consultation gratuite sur le site Internet consacré au livre : http://micropolitiques.collectifs.net/

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Propos de l’ouvrage

Certains membres du Collectif Sans Ticket se sont posés la question de la trace qu’ils pourraient/devraient laisser de leur expérience collective. David Vercauteren a souhaité, à travers cet ouvrage porter ce questionnement auprès d’autres collectifs en parlant d’une « culture des précédents ».

La première partie du livre introduit le contexte. Il présente l’évolution et les collectifs par lesquels lui et quelques autres sont passés. Il termine par l’expérience vécue au sein du Collectif Sans Ticket et notamment le lot de questions qu’elle amène sur le fonctionnement interne de ce genre de groupe. Vient alors une phase de construction d’une réflexion au travers d’apports théoriques (Deleuze, Guattari, Foucault, Nietzsche, Spinoza, Stengers…) et de diverses rencontres et entretiens avec des personnes rencontrées au gré de leurs avancées et partageant les mêmes questionnements.

A travers ses expériences vécues au sein de collectifs, David Vercauteren pose par écrit deux sujets qui lui semblent importants : le temps du « pas de côté » vis-à-vis de ces pratiques nécessaires au collectif et la transmission de ces savoirs expérientiels.

A travers l’expression « culture des précédents », l’auteur aborde tout d’abord cette démarche de conscientisation de son fonctionnement interne. Il voit cela comme des temps nécessaires, des temps de prise de recul vis-à-vis de ses pratiques collectives. Ces savoirs acquis par les collectifs sont autant de manière de faire « micropolitique ». C’est également à une autre échelle qu’il entend cette démarche de cultiver ses précédents. Ces expériences vécues par tout ces collectifs sont autant de savoir qu’il serait important de se transmettre. Non pas dans le but d’uniformiser les fonctionnements de collectifs mais bien d’avoir conscience et connaissance des expériences vécues par d’autres. Il s’agirait donc de s’appuyer sur deux types de savoirs, ceux déjà rencontrés en interne et ceux des collectifs qui nous ont précédé.

David Vercauteren a ainsi découpé son livre en autant de chapitres que de pratiques collectives qu’il lui a semblé pertinent de questionner. Pour chacun d’eux, il nous propose sa manière d’appréhender le sujet et la façon qu’ils ont eu de l’appréhender (ou non) dans les collectifs dont il a fait parti.

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Commentaires personnels

Ce livre joue un rôle important dans mes questionnements et mes travaux de recherche. En dehors du fait qu’il fut l’un des premiers que j’ai lu à ce sujet, il a, pour moi, mis des mots et des définitions sur des questions que je me posais au sein des collectifs que je fréquentais.

Je trouve que le sous-titre est très bien choisi (Pour une écologie des pratiques collectives) car nous sommes bien ici sur des questionnements d’ordre « micro », prendre le temps d’observer et de questionner les interactions qui se font entre les êtres vivants et leur milieu.

Surement du fait qu’il est écrit de la main de quelqu’un qui pratique – ou a pratiqué – je trouve que ce livre est assez facile d’accès et que rapidement les idées exposées par David Vercauteren nous parlent.

C’est un livre qui circule déjà bien dans les réseaux que je fréquente et que je conseille autour de moi. Il est notamment intéressant comme porte d’entrée vers tous ces questionnements au sein d’un collectif.

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Mots et expressions

Groupe (collectif) : Un groupe est un système écologique expérimentant et sélectionnant dans une infinité de rapports (géographique, sexuel, organisationnel, linguistique…) ceux qui lui conviennent à un moment donné.

La talvère : Le « pas de côté » constitue une sorte de talvère. En Occitan, la talvère désigne cet endroit non labouré en bordure de champ qui permet au cheval et à son charroi de manœuvrer pour entamer une nouvelle ligne, occasion pour le paysan de se reposer et de jeter un œil sur le travail accompli. Espace et moment de non-production sans lequel, sauf à faire le tour de la terre, le labourage du champ, sa fertilisation, n’est pas possible.

Hupomnêmata : Terme grec qui désigne un aide-mémoire. Chez les grecs anciens, les stoïciens des I et IIe siècles, l’hupomnêmata est une sorte de cahier dans lequel on note les savoirs qui comptent pour soi et qui peuvent aider d’autres. Sa fonction est de cultiver les savoirs glanés au fil de l’expérience, dans ce que l’on a entendu ou lu, en vue de les avoir « sous la main » quand on est confronté à un évènement. M. Foucault, l’Herméneutique du sujet ; infra, dans l’annexe : Petit lexique.

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Compléments

Le site Internet consacré au livre (http://micropolitiques.collectifs.net/) est très bien fourni pour, soit compléter sa lecture, soit piocher dedans sans l’avoir forcément lu. A voir notamment :

Note de lecture par Pascal Nicolas-Le Strat

L’écologie des collectifs

Artifices anti-hiéarchiques à l’usage des groupes

Les Rôles évoqués dans le livre et repris à Starhawk dans Femme, magie et politique.